Vision Mondiale

(Lettre publié dans le journal Le Devoir,6 décembre 1990)

Dimanche soir dernier, en balayant de ma télécommande les canaux de mon vieux poste de télévision, je suis littéralement tombé sur une émission spéciale d’une heure de «Vision Mondiale», un organisme de parrainage d’enfants du tiers-monde.

Cet évènement médiatique, ou plutôt ce phénomène sociologique devrais-je dire, m’a été la source de réflexions plutôt sombres. Loin de moi cependant l’idée de remettre en question la nécessité de venir en aide aux plus démunis de ce globe; «Vision Mondiale» est, du moins je le crois, sincère dans sa démarche.

Mais dites-moi, au nom de quel principe peut-on échanger une miche de pain contre une culture ? Je ne remets nullement en doute l’élan du coeur des Yves Corbeil et autres samaritains qui animaient pathétiquement cette émission, mais l’argumentation selon laquelle l’organisme offrait bien plus que du pain et des vêtements, mais aussi une «vraie éducation, une éducation chrétienne», m’horripilait au plus haut point.

Comment ? La civilisation occidentale, après avoir colonisé l’Afrique, la moitié de l’Asie et massacré des peuples entiers d’Amérique centrale, allait revenir tout bonnement avec des vivres et des vêtements, «sauver son prochain», et ainsi associer chrétienté et succès économique ? L’ère du petit chinois à 10 cents n’est-elle pas terminée ? Enfer et damnation !

Une véritable contribution à la coopération internationale se fera lorsque nous aiderons nos prochain sans leurs imposer notre système de valeurs et de croyances. Respecter son prochain, c’est aussi respecter sa culture dans son intégralité, et notamment sa religion. Après un impérialisme colonialiste, puis économique, nous voici revenu au bon vieux missonnariat d’un autre siècle.

Les intervenants de «Vision Mondiale» sont sûrement de bonne foi. Mais, diable, respectons celle des autres